Frais bancaires d'incident : plafonds légaux et comment se faire rembourser
Un découvert de quelques jours, un prélèvement rejeté, et le relevé de compte du mois suivant affiche une série de lignes aux noms obscurs : commission d'intervention, frais de lettre d'information, frais de rejet. Au total, plusieurs dizaines d'euros, parfois davantage, qui aggravent une situation déjà tendue. Les frais d'incidents bancaires sont l'une des principales sources de mécontentement des clients, et beaucoup ignorent qu'ils sont en grande partie plafonnés par la loi.
Connaître ces plafonds permet de vérifier son relevé, de contester les montants excessifs et, souvent, d'obtenir un remboursement total ou partiel. Les banques acceptent régulièrement de faire un geste, à condition de le demander de la bonne manière. Voici les règles et la méthode.
Les principaux frais d'incident
Les frais d'incident sont facturés lorsque le fonctionnement du compte sort du cadre prévu : dépassement du découvert autorisé, opération sans provision, rejet. Les plus courants :
- La commission d'intervention : facturée pour chaque opération qui nécessite un traitement particulier, typiquement un paiement accepté alors que le solde est insuffisant.
- Les frais de rejet de prélèvement : lorsqu'un prélèvement est refusé faute de provision.
- Les frais de rejet de chèque : lorsqu'un chèque émis est refusé pour défaut de provision.
- Les frais de lettre d'information préalable au rejet d'un chèque ou pour un compte débiteur non autorisé.
- Les agios, c'est-à-dire les intérêts débiteurs du découvert, qui ne sont pas à proprement parler des frais d'incident mais s'y ajoutent.
Les plafonds fixés par la réglementation
| Frais | Plafond général | Clients en situation de fragilité financière |
|---|---|---|
| Commission d'intervention | 8 € par opération, 80 € par mois | 4 € par opération, 20 € par mois |
| Rejet de prélèvement | Montant du prélèvement, dans la limite de 20 € | Inclus dans le plafond global ci-dessous |
| Rejet de chèque | 30 € pour un chèque jusqu'à 50 €, 50 € au-delà | Inclus dans le plafond global ci-dessous |
| Ensemble des frais d'incident | Pas de plafond global | Plafond mensuel global réduit, et plafond plus bas encore avec l'offre spécifique |
Ces plafonds sont des maximums : la banque peut facturer moins, et les tarifs pratiqués figurent dans la plaquette tarifaire, à consulter en agence ou en ligne. Pour un rejet de prélèvement, un même prélèvement représenté et à nouveau rejeté ne doit pas, en principe, donner lieu à de nouveaux frais s'il n'a pas été réellement modifié.
Vérifier son relevé
- Repérer chaque ligne de frais et la date de l'opération correspondante.
- Comparer avec la plaquette tarifaire de la banque et avec les plafonds légaux.
- Compter les commissions d'intervention du mois : au-delà de 80 €, ou de 20 € pour un client fragile, il y a dépassement.
- Vérifier les doublons : un même incident ne doit pas être facturé plusieurs fois sous des intitulés différents sans raison.
- Contrôler le relevé annuel de frais, que la banque doit adresser chaque début d'année, et qui récapitule l'ensemble des frais perçus.
Le cas des saisies sur compte
Lorsqu'un créancier fait pratiquer une saisie sur le compte, la banque facture des frais de traitement. Pour une saisie administrative à tiers détenteur, émise notamment par l'administration fiscale, ces frais ne peuvent pas dépasser 10 % du montant dû, dans la limite de 100 €. La banque doit en outre laisser à disposition du titulaire une somme insaisissable, le solde bancaire insaisissable, équivalente au montant forfaitaire du RSA pour une personne seule. Vérifier que ces règles ont été respectées fait partie du contrôle du relevé.
Obtenir un remboursement
1. Contacter son conseiller
C'est souvent la démarche la plus efficace. Une demande courtoise et argumentée, en expliquant les circonstances (retard de salaire, dépense imprévue, première difficulté) et en rappelant son ancienneté, aboutit fréquemment à un remboursement total ou partiel, au moins pour un premier incident. La demande écrite par la messagerie de la banque laisse une trace.
2. Saisir le service réclamations
En l'absence de réponse satisfaisante, une réclamation écrite peut être adressée au service réclamations de la banque, dont les coordonnées figurent dans la convention de compte. Le courrier rappelle les frais contestés, le fondement (dépassement des plafonds, frais non prévus par la plaquette, doublons) et la demande précise.
3. Saisir le médiateur bancaire
Si la réclamation est rejetée ou reste sans réponse dans un délai de deux mois, le client peut saisir gratuitement le médiateur de sa banque, désigné dans la convention de compte. Le médiateur rend un avis dans un délai encadré. Cette étape est préalable à un éventuel recours en justice, rarement nécessaire pour ces montants.
Arguments qui fonctionnent
- Dépassement d'un plafond légal, chiffres à l'appui.
- Frais facturés à un client identifié comme fragile au-delà du plafond.
- Incident isolé, ancienneté, régularisation rapide.
Arguments qui fonctionnent moins
- Contestation générale du principe des frais.
- Ton agressif ou menaces de départ sans fondement.
- Demandes répétées pour des incidents fréquents.
Éviter les frais à l'avenir
- Négocier un découvert autorisé adapté, souvent moins coûteux que les commissions d'intervention.
- Activer les alertes de solde par SMS ou application.
- Caler les dates de prélèvement après le versement du salaire.
- Demander l'offre spécifique si l'on traverse une période de difficultés.
- Comparer les banques : certaines banques en ligne facturent peu ou pas de frais d'incident.
Un chèque rejeté a aussi des conséquences au-delà des frais, détaillées dans notre article sur le chèque sans provision. Et si les frais concernent un compte commun après une rupture, voir notre article sur le compte joint après une séparation. Enfin, une opération que vous ne reconnaissez pas relève d'une autre procédure : celle du paiement frauduleux par carte.
- La commission d'intervention est plafonnée à 8 € par opération et 80 € par mois.
- Les clients fragiles bénéficient de plafonds réduits et d'un plafond global mensuel.
- Un rejet de prélèvement ne peut pas coûter plus que son montant, ni plus de 20 €.
- Une demande argumentée au conseiller suffit souvent à obtenir un geste.
- À défaut, réclamation écrite puis médiateur bancaire, gratuit.
Questions fréquentes
On répond à vos questions
Combien coûte au maximum une commission d'intervention ?
8 € par opération et 80 € par mois au maximum. Pour les clients identifiés en situation de fragilité financière, le plafond est abaissé à 4 € par opération et 20 € par mois.
Peut-on se faire rembourser des frais bancaires ?
Oui, souvent. Une demande argumentée auprès du conseiller aboutit fréquemment à un remboursement, surtout pour un incident isolé. En cas de refus, il est possible de faire une réclamation écrite puis de saisir le médiateur bancaire.
Combien coûte un prélèvement rejeté ?
Les frais ne peuvent pas dépasser le montant du prélèvement rejeté, dans la limite de 20 €. Un prélèvement de 8 € rejeté ne peut donc pas entraîner plus de 8 € de frais.
Qu'est-ce que l'offre spécifique pour les clients fragiles ?
C'est un ensemble de services bancaires de base à faible coût, que la banque doit proposer aux clients en situation de fragilité financière. Elle s'accompagne d'un plafonnement plus strict des frais d'incident.
Le médiateur bancaire est-il payant ?
Non, la saisine du médiateur est gratuite pour le client. Elle intervient après une réclamation écrite restée sans réponse satisfaisante, généralement dans un délai de deux mois.
Les agios sont-ils plafonnés ?
Les agios sont des intérêts calculés sur le montant et la durée du découvert. Leur taux ne peut pas dépasser le taux de l'usure applicable. Ils sont distincts des frais d'incident et de leurs plafonds.