Client qui ne paie pas : comment se faire payer une facture, étape par étape
Une facture de 4 800 € émise il y a soixante-dix jours, deux relances polies restées sans réponse, et un client qui décroche encore le téléphone mais promet « la semaine prochaine ». Pour une TPE ou un indépendant, ce scénario n'est pas un incident : c'est la première cause de défaillance des petites entreprises en France, devant la baisse d'activité.
Le réflexe naturel, attendre, relancer gentiment, ne pas froisser un bon client, est précisément celui qui coûte le plus cher. Plus une créance vieillit, plus sa probabilité de recouvrement s'effondre, et plus vous financez gratuitement la trésorerie de quelqu'un d'autre.
La bonne nouvelle, c'est que le droit français est nettement plus favorable au créancier professionnel qu'on ne le croit : pénalités dues sans rappel, indemnité forfaitaire automatique, et une procédure d'injonction de payer rapide et peu coûteuse. Encore faut-il l'enclencher dans le bon ordre.
Vérifiez d'abord ce que dit la loi sur vos délais
Entre professionnels, le délai de paiement n'est pas libre. À défaut de mention contraire, il est de trente jours à compter de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation. Les parties peuvent l'allonger, mais dans des limites strictes : 60 jours à compter de l'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément. Au-delà, la clause est illicite et l'administration sanctionne les mauvais payeurs par des amendes qui peuvent être lourdes.
Deux mécanismes s'appliquent automatiquement dès le lendemain de l'échéance, sans qu'aucune relance ne soit nécessaire :
- Les pénalités de retard, dont le taux doit figurer sur vos factures et vos conditions générales de vente. À défaut de taux convenu, le taux applicable est celui de la Banque centrale européenne majoré de dix points ; il ne peut en tout état de cause être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal.
- L'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 €, due par facture impayée et non par client. Dix factures en retard, c'est 400 €.
Le calendrier de relance qui fonctionne
Le recouvrement amiable est une affaire de régularité, pas d'agressivité. Un rythme éprouvé :
| Échéance | Action | Ton |
|---|---|---|
| J−5 avant échéance | Rappel courtois par e-mail, facture jointe | Neutre, presque administratif |
| J+1 | Relance écrite : facture échue, demande de date de règlement | Factuel |
| J+8 | Appel téléphonique, suivi d'un e-mail récapitulatif | Direct, orienté solution |
| J+15 | Relance formelle mentionnant pénalités et indemnité de 40 € | Ferme |
| J+30 | Mise en demeure en recommandé avec accusé de réception | Juridique |
| J+45 | Passage en recouvrement judiciaire | Procédure |
L'appel téléphonique du huitième jour est l'étape la plus rentable, et la plus souvent sautée. Son objectif n'est pas de réclamer mais de qualifier : le client conteste-t-il la prestation ? A-t-il un problème de trésorerie ? La facture est-elle bloquée par un service comptable qui attend un bon de commande ou un numéro de marché ? Chacune de ces causes appelle une réponse différente, et deux d'entre elles se règlent en un e-mail.
Si la difficulté est réelle mais temporaire, un échéancier écrit et signé vaut mieux qu'une procédure : il reconnaît la dette, ce qui interrompt la prescription, et transforme un impayé en encaissement étalé.
La mise en demeure : le vrai point de bascule
C'est le document qui fait passer le dossier de l'informel au juridique. Envoyée en recommandé avec accusé de réception, elle doit comporter :
- La mention explicite « mise en demeure de payer ».
- L'identification précise de la créance : numéro et date de facture, objet, montant en principal.
- Le décompte des pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € par facture.
- Un délai de paiement impératif, huit à quinze jours.
- L'annonce claire des suites : saisine du tribunal, sans autre avertissement.
- La date et la signature.
Un tiers des dossiers se débloquent à ce stade, simplement parce que le recommandé change de destinataire à l'intérieur de l'entreprise : il finit sur le bureau du dirigeant.
Les trois voies judiciaires, par ordre de coût
La procédure simplifiée pour les petites créances
Pour les créances de faible montant, un commissaire de justice peut mener une procédure entièrement dématérialisée aboutissant à un titre exécutoire. Elle est rapide et peu coûteuse, mais présente une limite décisive : elle suppose l'accord du débiteur. Elle convient donc aux clients de bonne foi qui ne contestent rien, pas aux mauvais payeurs déterminés.
L'injonction de payer
C'est l'outil de référence. Vous déposez une requête auprès du tribunal compétent, le tribunal de commerce si votre débiteur est commerçant, le tribunal judiciaire sinon, accompagnée des pièces justifiant la créance : bon de commande ou devis signé, factures, preuve de la livraison ou de l'exécution, relances et mise en demeure.
La procédure est non contradictoire : le juge statue sur pièces, sans convoquer votre client. Si le dossier est solide, il rend une ordonnance portant injonction de payer, que vous faites signifier par commissaire de justice dans le délai imparti. Le débiteur dispose alors d'un mois pour former opposition ; à défaut, l'ordonnance devient exécutoire et ouvre la voie aux saisies.
Le coût est modeste, quelques dizaines d'euros de frais de greffe devant le tribunal de commerce, sans frais de greffe devant le tribunal judiciaire, auxquels s'ajoute la signification. C'est sans commune mesure avec un procès classique.
Le référé provision
Quand la créance n'est « pas sérieusement contestable » et que vous avez besoin d'aller vite, le référé permet d'obtenir une décision en quelques semaines, à charge pour le débiteur de contester ensuite au fond. Procédure contradictoire, plus visible, souvent employée quand le client conteste de façon manifestement dilatoire.
Injonction de payer
- Peu coûteuse, sur pièces, sans audience
- Idéale quand la créance est incontestée
- Risque : l'opposition renvoie à un procès classique
- Nécessite un dossier documentaire irréprochable
Référé provision
- Décision en quelques semaines
- Adaptée aux contestations de façade
- Coût supérieur, avocat souvent utile
- Débouche sur un titre immédiatement exécutoire
Le titre exécutoire n'est pas de l'argent
Obtenir une décision de justice ne signifie pas être payé. L'exécution passe par un commissaire de justice, qui pourra pratiquer une saisie-attribution sur les comptes bancaires du débiteur, une saisie de créances chez ses propres clients, ou une saisie sur les biens de l'entreprise.
D'où l'importance d'un réflexe préalable : évaluer la solvabilité avant d'engager les frais. Les comptes annuels déposés au greffe, les inscriptions de privilèges et nantissements, les annonces légales de procédure collective sont consultables. Poursuivre une coquille vide coûte de l'argent deux fois.
Si votre client fait l'objet d'une procédure collective, sauvegarde, redressement ou liquidation, toute action individuelle est gelée. Vous devez alors déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire dans le délai qui court à compter de la publication du jugement, sous peine de ne plus pouvoir y prétendre. Ce réflexe, purement déclaratif et gratuit, est trop souvent oublié.
N'attendez pas la prescription
Entre professionnels, l'action en paiement se prescrit en principe par cinq ans. Mais si votre client est un consommateur, le délai tombe à deux ans à compter de la fourniture du bien ou du service, un piège classique pour les artisans et prestataires travaillant avec des particuliers. Le détail des durées applicables et de ce qui interrompt le compteur figure dans notre article sur les délais de prescription des dettes impayées.
Deux actes interrompent la prescription et font repartir le délai à zéro : la reconnaissance de dette par le débiteur, un échéancier signé, un e-mail admettant devoir la somme, et l'acte de procédure. Une simple relance, même recommandée, ne suffit pas.
Prévenir : ce qui réduit vraiment les impayés
- Des CGV signées ou acceptées explicitement, mentionnant délai de paiement, taux de pénalité, indemnité de recouvrement et clause de réserve de propriété quand vous livrez des biens.
- Un acompte à la commande, entre 30 et 50 % selon le secteur. C'est le filtre le plus efficace : un client qui refuse tout acompte annonce souvent la couleur.
- Une facturation immédiate et sans erreur. Une facture émise trois semaines après la livraison, ou comportant une mention manquante, offre au débiteur un motif de report tout trouvé.
- Un plafond d'encours par client. Au-delà d'un certain montant non réglé, on suspend les nouvelles livraisons. Douloureux sur le moment, salvateur ensuite.
- Une vérification de solvabilité avant d'accepter une commande importante d'un client inconnu : comptes déposés, ancienneté, incidents publiés.
- Le bon statut et le bon cadre. Selon votre volume et vos clients, la structure choisie change vos protections et votre gestion : le comparatif entre portage salarial et auto-entreprise intègre justement le traitement du risque d'impayé, la société de portage assumant le recouvrement.
Un dernier point de vigilance pour les indépendants : une facture impayée reste une facture émise. Selon votre régime, elle peut avoir des conséquences déclaratives, notamment en matière de TVA, nos repères sur la franchise de TVA en auto-entreprise aident à situer votre situation. En cas d'impayé définitif, une créance devenue irrécouvrable peut donner lieu à régularisation, à condition d'en conserver la preuve.
- Entre professionnels, le délai de paiement est plafonné : 60 jours après émission, ou 45 jours fin de mois.
- Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de 40 € par facture sont dues automatiquement, sans rappel.
- Relancez selon un calendrier fixe ; l'appel du huitième jour sert à identifier la vraie cause du blocage.
- La mise en demeure en recommandé débloque à elle seule une part importante des dossiers.
- L'injonction de payer est rapide, se juge sur pièces et coûte quelques dizaines d'euros.
- Vérifiez la solvabilité avant d'engager des frais : un titre exécutoire contre une coquille vide ne vaut rien.
- Client en procédure collective : déclarez votre créance au mandataire, sous peine de tout perdre.
Questions fréquentes
On répond à vos questions
Puis-je facturer des pénalités de retard sans les avoir annoncées ?
Les pénalités sont dues de plein droit dès le lendemain de l'échéance, sans rappel préalable, mais leur taux doit figurer sur vos factures et dans vos conditions générales de vente. À défaut de taux convenu, s'applique le taux de la Banque centrale européenne majoré de dix points, avec un plancher de trois fois le taux d'intérêt légal. S'y ajoute l'indemnité forfaitaire de 40 € par facture impayée.
Combien coûte une injonction de payer ?
La requête coûte quelques dizaines d'euros de frais de greffe devant le tribunal de commerce, et rien devant le tribunal judiciaire. S'y ajoute la signification de l'ordonnance par commissaire de justice, indispensable. Ces frais peuvent être mis à la charge du débiteur. C'est de loin la voie la moins coûteuse pour une créance non contestée.
Que faire si le client conteste la facture ?
L'injonction de payer devient risquée : une opposition renvoie l'affaire à un procès classique. Traitez d'abord la contestation par écrit, en produisant devis signé, bon de commande, preuve de livraison ou d'exécution et échanges validant la prestation. Si la contestation est manifestement dilatoire, le référé provision permet d'obtenir rapidement une décision. Si elle est fondée sur un point réel, une transaction chiffrée reste souvent la meilleure issue.
Faut-il passer par une société de recouvrement ?
Cela peut se justifier sur un volume important de petites créances, mais la commission, souvent un pourcentage significatif des sommes recouvrées, ampute le résultat, et la société n'a pas plus de pouvoirs que vous tant qu'aucun titre exécutoire n'existe. Pour une créance unique et bien documentée, la mise en demeure suivie d'une injonction de payer est généralement plus rapide et moins coûteuse.
Mon client est en liquidation judiciaire : que puis-je faire ?
Toute poursuite individuelle est suspendue. Vous devez déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire dans le délai courant à compter de la publication du jugement, faute de quoi vous ne pourrez plus rien réclamer. La déclaration est gratuite. Les chances de paiement dépendent du rang de votre créance, mais l'absence de déclaration garantit, elle, de ne rien percevoir.
Combien de temps ai-je pour réclamer une facture impayée ?
Cinq ans entre professionnels, mais seulement deux ans lorsque votre client est un consommateur, à compter de la fourniture du bien ou du service. Attention : une simple relance, même recommandée, n'interrompt pas la prescription. Seuls une reconnaissance de dette écrite du débiteur, échéancier signé, e-mail admettant la somme, ou un acte de procédure font repartir le délai.