Amende radar avec un véhicule de société : désigner le conducteur dans les 45 jours
Un avis de contravention arrive au siège : un véhicule de l'entreprise a été flashé, et personne ne sait vraiment qui était au volant ce jour-là. Le réflexe de payer pour clore le dossier est compréhensible, mais c'est souvent la pire option. Depuis le 1er janvier 2017, le dirigeant d'une société a l'obligation légale de désigner le conducteur, et l'oubli de cette formalité déclenche une seconde amende, bien plus lourde que la première.
La règle est simple sur le papier, beaucoup moins dans une PME où les véhicules circulent entre plusieurs salariés sans registre précis. Voici comment fonctionne la désignation, ce que coûte l'absence de réponse, la situation différente d'un particulier qui a prêté sa voiture, et l'organisation interne qui évite de se retrouver piégé.
Ce que dit la loi : l'article L121-6 du Code de la route
Lorsqu'une infraction est constatée par un appareil de contrôle automatique, ou sans interception du véhicule, avec une voiture dont le titulaire du certificat d'immatriculation est une personne morale (société, association, collectivité), le représentant légal doit indiquer l'identité et l'adresse de la personne qui conduisait. Il dispose pour cela de 45 jours à compter de l'envoi ou de la remise de l'avis de contravention.
Sont concernées la plupart des infractions relevées sans arrestation du conducteur :
- excès de vitesse flashés par un radar fixe, mobile, embarqué ou tronçon ;
- franchissement d'un feu rouge ou d'un passage à niveau contrôlé par un radar ;
- non-respect des distances de sécurité ou circulation sur une voie réservée ;
- usage du téléphone tenu en main ou défaut de port de la ceinture, lorsqu'ils sont constatés sans interception ;
- défaut d'assurance et autres infractions relevées à distance, selon les dispositifs.
Le texte vise le représentant légal : gérant de SARL, président de SAS ou de SASU, directeur d'association. Un dirigeant de SASU qui conduit seul le véhicule de sa société n'y échappe pas, il doit simplement se désigner lui-même.
Combien coûte une non-désignation
L'absence de désignation dans le délai constitue une contravention de 4e classe. Pour une personne morale, le montant de l'amende est multiplié par cinq, ce qui donne les ordres de grandeur suivants :
| Situation | Amende pour la société |
|---|---|
| Amende forfaitaire minorée (paiement rapide) | 450 € |
| Amende forfaitaire | 675 € |
| Amende forfaitaire majorée (retard de paiement) | 1 875 € |
| Maximum encouru devant le tribunal de police | 3 750 € |
À ce montant s'ajoute l'amende de l'infraction initiale, dont la société reste redevable si personne n'est désigné. Pour un excès de vitesse de quelques kilomètres-heure, la facture finale peut donc dépasser 700 € au lieu de 135 €. La non-désignation n'entraîne en revanche aucun retrait de points, puisque aucun permis n'est visé : c'est précisément ce qui a conduit le législateur à la sanctionner financièrement.
Désigner le conducteur : la marche à suivre
1. Identifier la personne au volant
L'avis mentionne la date, l'heure, le lieu et l'immatriculation. Si la photo n'est pas jointe, il est possible de la demander à l'Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI), en ligne ou par courrier. Croisée avec l'agenda, les notes de frais, les relevés de badge de télépéage ou de carte carburant, elle suffit en général à retrouver le conducteur.
2. Effectuer la désignation
Deux voies existent :
- En ligne, sur le site officiel de l'ANTAI, avec le numéro d'avis et le code figurant sur le document. C'est la solution la plus rapide et elle fournit un accusé de réception immédiat.
- Par courrier, en remplissant le formulaire de requête joint à l'avis et en l'envoyant en lettre recommandée avec avis de réception à l'adresse indiquée.
Il faut renseigner l'identité complète du conducteur, son adresse et, si possible, la référence de son permis de conduire. La désignation d'un salarié n'exige pas son accord formel, mais elle doit être exacte : désigner sciemment une autre personne que le véritable conducteur expose à des poursuites pénales, pour la personne qui désigne comme pour celle qui accepte.
3. Ce qui se passe ensuite
Le conducteur désigné reçoit un nouvel avis à son nom. Il peut payer, ce qui vaut reconnaissance de l'infraction et entraîne le retrait des points correspondants, ou contester dans les formes prévues. Le dossier ne concerne alors plus la société.
Les cas particuliers qui changent la donne
Véhicule volé ou plaque usurpée
Si le véhicule avait été volé, ou si ses plaques ont été clonées, il ne s'agit pas de désigner un conducteur mais de contester. La requête en exonération doit être accompagnée du récépissé de dépôt de plainte, ou de la déclaration de destruction ou d'usurpation de plaques. Dans un cas de doublette, une photo montrant un modèle ou une couleur différente constitue un argument solide.
Véhicule vendu mais toujours au nom de la société
Lorsque la voiture a été cédée avant la date de l'infraction, la société joint la copie de la déclaration de cession enregistrée. C'est un rappel utile : un acheteur qui tarde à refaire la carte grise peut faire recevoir ses contraventions à l'ancien propriétaire, d'où l'intérêt de connaître le délai légal pour immatriculer une voiture d'occasion à son nom et de déclarer la vente sans attendre.
Véhicule en location longue durée ou de courte durée
En LLD ou en location avec option d'achat, la carte grise est souvent au nom du loueur. C'est lui qui reçoit l'avis et désigne la société locataire. La société reçoit alors un nouvel avis et doit à son tour désigner le conducteur dans les 45 jours. Il faut donc surveiller ces courriers en cascade, qui arrivent parfois plusieurs semaines après l'infraction.
Entrepreneur individuel ou micro-entrepreneur
Un entrepreneur individuel, y compris sous le régime micro-entrepreneur, reste une personne physique. S'il est titulaire de la carte grise en son nom propre, l'obligation propre aux personnes morales ne s'applique pas et c'est le régime des particuliers, décrit ci-dessous, qui joue.
Particulier : le cas de la voiture prêtée
Un particulier qui a prêté sa voiture à un proche n'a pas d'obligation de désigner le conducteur. Il dispose de trois options :
Désigner ou payer
- Désigner le conducteur réel via le formulaire ou en ligne : celui-ci recevra l'avis et perdra les points.
- Payer l'amende : le paiement vaut reconnaissance de l'infraction et les points sont retirés du permis du titulaire.
Contester sans désigner
- Déposer une requête en exonération en indiquant ne pas être le conducteur, avec consignation d'un montant égal à l'amende forfaitaire.
- En cas de poursuite, le juge peut déclarer le titulaire redevable pécuniairement de l'amende, sans retrait de points.
Payer par facilité une amende dont on n'est pas l'auteur revient donc à sacrifier ses propres points. Pour un conducteur en permis probatoire, c'est rarement un bon calcul.
Rappel : amendes et points pour un excès de vitesse
| Dépassement | Amende forfaitaire | Points retirés |
|---|---|---|
| Moins de 20 km/h, vitesse limitée à plus de 50 km/h | 68 € | 1 |
| Moins de 20 km/h, vitesse limitée à 50 km/h ou moins | 135 € | 1 |
| De 20 à moins de 30 km/h | 135 € | 2 |
| De 30 à moins de 40 km/h | 135 € | 3 |
| De 40 à moins de 50 km/h | 135 € | 4 (et suspension possible) |
| 50 km/h et plus | pas d'amende forfaitaire, sanction décidée par le tribunal | 6 (et suspension) |
Depuis 2024, les petits excès de vitesse inférieurs à 5 km/h n'entraînent plus de retrait de point, l'amende restant due. L'amende forfaitaire est minorée en cas de paiement rapide (dans les 15 jours, ou 30 jours en paiement dématérialisé) et majorée au-delà de 45 jours, ou 60 jours en paiement en ligne.
Côté employeur : ce qu'il ne faut pas faire
- Retenir l'amende sur le salaire : les sanctions pécuniaires sont interdites par le Code du travail. L'employeur ne peut pas prélever le montant sur la paie, même avec l'accord apparent du salarié.
- Payer à la place du salarié désigné : la prise en charge par l'entreprise d'une amende personnelle du salarié est en principe analysée comme un avantage soumis à cotisations sociales. Elle n'est pas non plus déductible du résultat imposable.
- Laisser traîner le courrier : le délai de 45 jours court à partir de l'envoi de l'avis. Un courrier resté dans une bannette pendant les congés suffit à le dépasser.
- Désigner par défaut le salarié habituel : sans certitude, c'est une fausse désignation potentielle, et le salarié peut contester.
Organiser l'entreprise pour ne plus être pris de court
La meilleure défense reste la traçabilité. Quelques mesures simples suffisent dans la plupart des structures :
- Un registre des véhicules : pour chaque véhicule partagé, un tableau ou une application qui note qui l'a pris, quand et pour quel trajet.
- Une charte d'utilisation annexée au contrat de travail ou au règlement intérieur, qui informe les salariés que les infractions relevées seront désignées à leur nom.
- Un circuit de courrier identifié : une personne reçoit les avis, les enregistre avec leur date d'envoi et prépare la désignation pour signature du dirigeant.
- Un point de contrôle mensuel sur les véhicules en LLD, pour repérer les avis retransmis par le loueur.
Ces outils rejoignent une logique plus large de gouvernance : dans une petite société, les obligations du dirigeant s'accumulent vite, qu'il s'agisse de ce cas précis ou de la tenue d'un compte bancaire dédié en SASU.
- Une société titulaire de la carte grise doit désigner le conducteur dans les 45 jours suivant l'envoi de l'avis.
- À défaut, elle paie l'amende initiale et une amende de non-désignation de 675 € (450 € minorée).
- La désignation se fait en ligne sur le site de l'ANTAI ou par lettre recommandée avec le formulaire joint.
- Un particulier n'est pas obligé de désigner, mais payer revient à perdre ses propres points.
- Un registre des véhicules et un circuit de courrier clair évitent l'essentiel des mauvaises surprises.
Questions fréquentes
On répond à vos questions
Le dirigeant peut-il se désigner lui-même s'il conduisait ?
Oui. Le représentant légal qui conduisait le véhicule se désigne comme conducteur, en ligne ou via le formulaire. Il reçoit ensuite un avis à son nom et les points éventuels sont retirés de son propre permis. Cette désignation évite l'amende de non-désignation.
Que faire si l'entreprise ignore vraiment qui conduisait ?
Il faut d'abord demander la photo à l'ANTAI et croiser les informations internes (agendas, badges, cartes carburant). Si le conducteur reste impossible à identifier, la société ne peut pas désigner un inconnu : elle s'expose alors à l'amende de non-désignation en plus de l'amende initiale. D'où l'intérêt d'un registre des véhicules.
Le délai de 45 jours court-il à partir de la réception du courrier ?
Le délai court à compter de l'envoi ou de la remise de l'avis de contravention, et non de son ouverture. Un courrier reçu tardivement ou oublié pendant les congés réduit d'autant le temps disponible. Mieux vaut traiter chaque avis dès son arrivée.
Un salarié peut-il refuser d'être désigné ?
La désignation n'est pas soumise à l'accord du salarié. S'il conteste être l'auteur de l'infraction, il peut former une requête en exonération à réception de l'avis à son nom. L'employeur a donc intérêt à disposer d'éléments objectifs, comme un registre signé, avant de désigner.
Une association est-elle soumise à la même obligation ?
Oui. L'obligation vise toutes les personnes morales titulaires du certificat d'immatriculation ou détentrices du véhicule : sociétés, associations, collectivités. Le président ou le représentant légal de l'association doit donc désigner le conducteur dans les mêmes conditions.
La non-désignation fait-elle perdre des points ?
Non. La contravention de non-désignation est une sanction financière infligée à la personne morale, sans retrait de points puisqu'aucun permis n'est en cause. C'est justement pour cette raison qu'elle est lourdement sanctionnée, afin de dissuader les entreprises de protéger leurs conducteurs.